L'histoire de Bonnie

Mon expérience avec les maladies cardiovasculaires est apparu de nulle part le 20 décembre 2016. Je me suis réveillée à 5h du matin, avec une journée remplie et un sentiment d’inconfort dans la poitrine. J’avais l’impression que ma cage thoracique était gonflée et qu’un oiseau malade était placé à l’intérieur pour battre des ailes et mourir. J’y ai porté attention, mais le train de la vie m’appelait.

La sensation est restée toute la matinée et en après-midi je me suis demandée si elle allait un jour finir par s’en aller. Je me reposais dans un café lorsque j’ai pris ma fréquence cardiaque, 150 battements par minutes.

J’ai appelé mon pharmacien pour savoir si mes médicaments étaient à blâmer. Non. J’ai donc appelé Télésanté et après plusieurs minutes de vas et viens, ils ont recommandé l’ambulance. Je ne voulais pas. J’étais à l’école de mon enfant dans le même cartier qu’un grand hôpital. Noël était à ses portes et je devais vérifier les objets perdus de l’école avant que tous les objets non réclamés soient envoyés à la charité.

 Je me dirigeais à l’école, lentement, mais la douleur s’est agrandie dans ma poitrine et s’est répartie dans mon cou et dans mon bras gauche. Est-ce que je poussais ma chance? J’ai vérifié les objets perdus (sans bonne trouvailles) et j’ai fait des arrangements pour que mes enfants, de 9 et 5 ans, soit raccompagné à la maison par un ami.

Une fois que j’ai su que mes enfants étaient entre bonnes mains, je me suis rendu à l’hôpital. J’ai pris place dans la ligne de triage et j’étais à bout de souffle et en douleur. Avec 6 personnes devant moi, j’ai vu le temps d’attente grimper de moins d’une heure à plus de trois heures. Les ambulances arrivaient dehors, les hélicoptères atterrissaient. De ma chaise je pouvais voir des patients amenés par le personnel vers les profondeurs du département et un ambulancier effectuant des compressions thoraciques.

Lorsque l’infirmière du triage a appelé mon nom, je me suis excusé d’être ici. Elle m’a répondue avec un simple « uh huh », tout en faisant mille et une tâche comme une pro. Elle a vérifié ma fréquence cardiaque et ma pression était très élevée. Elle m’a regardé, pour la première fois, en me prenant par le poignet et m’a chuchoté quelque chose à propos de cardioversion.

J’ai cligné des yeux. J’avais déjà entendu ce terme.

Mon « véritable évènement cardiaque » s’est déroulé lors des prochaines heures jusqu’à ce que le personnel aux urgences me mette sous sédation et me donne un seul choc au cœur pour corriger son rythme. Lorsque j’ai repris conscience l’oiseau était parti. J’ai été renvoyé à la maison une heure après. Mes seules instructions étaient de revenir si le malaise revenait.

À la maison, lorsque tout le monde était couché, je me suis regardée dans le miroir. Je fixais un grand méchant rectangle sur ma poitrine. Il était enflammé sur un fond de taches de rousseur. Mes taches de rousseur.

Mon corps m’avait trahi. Est-ce que c’était comme dans un film lorsqu’ils ont fait le choc? Est-ce que tout mon corps était en convulsion? Fibrillation auriculaire. Ils ont dit que j’aurais pu avoir un accident vasculaire cérébral si j’avais attendu plus longtemps. Un ACV. Qui l’aurait cru? Comment je pouvais faire confiance à mon corps après ça?

Noël s’est passé très vite. J’avais besoin de réponse à mes questions. J’ai pris rendez-vous avec mon médecin de famille. Elle m’a envoyé à la médecine interne. Plusieurs tests ont suivi et les résultats étaient mixtes et flou. Éventuellement, on m’a envoyé à une clinique de fibrillation auriculaire et référé à un électrophysiologiste. Une ablation cardiaque et une péricardite ont suivi. La douleur à ma poitrine était encore constante, mais différente après l’opération, et faisait partie de mon quotidien. L’oiseau essayait de revenir, mais il n’avait plus accès. J’avais de la difficulté à faire de l’exercice. Il arrivait d’avoir du picotement dans mes mains. C’était difficile de marcher et de respirer. Mais la plupart du temps, la douleur survenait au repos et souvent coïncidait avec des moments particulièrement stressant. Je me rendais aux urgences lorsque le mal était particulièrement douloureux, un sept ou un huit à la place d’un trois. Rien n’a donné de ses visites. Je ne revenais pas à la maison rassurée parce que j’avais plus de questions en sortant de l’hôpital qu’en entrant. La seule chose que j’ai apprise était que mon cœur n’avait pas de dommage musculaire.

Tout a changé en automne 2018 lors d’un cours magistral au Libin Cardiovascular Institute. Dr. Kara Neremberg, a décrite sa recherche qui portait sur l’augmentation des risques cardiovasculaires associés aux troubles de haute pression durant la grossesse. Elle décrivait mon histoire. J’avais développé de la haute pression à 36 semaines de grossesse, avec mon premier enfant. J’ai accouché quelques jours plus tard. Je m’étais souvent demandé comment quelque chose d’aussi grave pouvais juste partir d’un seul coup. Maintenant, je savais que ce n’était pas parti sans laisser de trace.

J’ai demandé à Dr. Neremberg de participer à sa recherche. Elle a gracieusement accepté. Nous avons continué à faire des tests et expériences avec des médicaments. Plus récemment, on m’a donné la permission de passer d’une simple marche à quelque chose de plus robuste avec le temps. Quatre mois plus tard, je suis (ou presque) sans douleur à la poitrine. Je me sens un peu plus forte et je peux marcher plus rapidement. Mon cœur me fait mal quelques fois, et je l’écoute. Par contre, il ne me contrôle plus et j’en suis reconnaissante.